Vingt-six personnes, dont un leader religieux, quatre femmes – parmi elles deux mères allaitantes – ainsi qu’un mineur, ont comparu vendredi devant le tribunal de première instance de Siguiri pour avoir célébré l’Aïd El-Fitr en dehors de la date officiellement fixée par les autorités religieuses nationales.
Les faits remontent au début de la semaine, lorsque ce groupe de fidèles, soupçonné d’avoir observé la fête de l’Aïd un jour après le calendrier officiel, a été interpellé dans la sous-préfecture de Doko.
L’opération a été menée sous la supervision du préfet de Siguiri, le colonel Ibrahima Douramoudou Keita, en collaboration étroite avec les autorités judiciaires locales.
Lors de l’audience correctionnelle, tous les prévenus ont nié les accusations portées contre eux.
Le procureur de la République, Ibrahima Camara, a requis le renvoi de l’affaire au 10 mars pour délibération, tout en demandant la libération provisoire des accusés sous la responsabilité morale de l’association culturelle Haali Pulaar.
Le président du tribunal n’a cependant accédé que partiellement à cette demande. Il a ordonné la remise en liberté de six personnes – deux personnes âgées et les quatre femmes – tandis que les vingt autres restent en détention provisoire dans l’attente du jugement.
Prochain rendez-vous judiciaire fixé au 10 avril. Les prévenus encourraient jusqu’à six mois de prison pour « trouble à l’ordre public ».
Cette affaire relance le débat sur la gestion du pluralisme religieux et la délicate articulation entre liberté de culte et respect des décisions officielles dans un État laïc.
L’implication directe du préfet dans l’interpellation des fidèles témoigne de la volonté des autorités locales de faire respecter l’unicité des célébrations religieuses, perçue comme un facteur d’unité sociale.
À Siguiri, l’affaire divise. Entre défense des traditions religieuses locales et affirmation de l’autorité étatique, le tribunal devra trancher sur une question à la fois juridique, spirituelle et hautement symbolique.
Mohamed Sylla
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