La rentrée scolaire 2025-2026, officiellement fixée au 15 septembre par une circulaire du ministère de l’Enseignement pré-universitaire et de l’Alphabétisation (MEPU-A), est loin de faire l’unanimité.
De Conakry à l’intérieur du pays, parents d’élèves et enseignants dénoncent une décision inadaptée, évoquant la saison des pluies, la cherté de la vie et des difficultés salariales persistantes.
Conakry : entre pluies, coûts et salaires impayés
Dans la capitale, les critiques sont vives.
À Kipé, Mariama Diallo, mère de trois enfants, redoute l’impact de la météo.
« La rentrée tombe en pleine saison pluvieuse. Les enfants risquent de tomber malades à force de marcher sous les averses quotidiennes. », a-t-il averti.
À Dixinn, Mamadou Saliou Keïta, enseignant, met en cause l’état des infrastructures scolaires.
« Beaucoup d’écoles publiques prennent l’eau. Les classes ne sont pas étanches et, dans les quartiers périphériques, les routes deviennent impraticables. », a-t-il indiqué.
D’autres insistent sur les charges financières. À Matam, Mariam Camara, commerçante, estime que « rien que pour les uniformes et les fournitures, il faut un budget énorme ».
Et d’ajouter : « Avec la vie chère, de nombreux parents n’arriveront pas à préparer leurs enfants d’ici le 15 septembre. »
Pour les enseignants, le problème est aussi salarial. C’est le cas de Fatoumata Soumah, institutrice à Matoto.
« Le ministère de la Fonction publique bloque une partie de nos traitements. Nous travaillons sans percevoir l’intégralité de notre salaire. Comment être motivés dans ces conditions ? », s’indigne
En province : des réalités encore plus contraignantes
À Kindia, les routes et pistes rurales constituent un obstacle majeur. Mamadouba Bangoura, instituteur, témoigne : « En septembre, les chemins sont boueux et parfois coupés par les rivières. Les élèves des villages n’arrivent pas à se rendre régulièrement à l’école. »
À Damakania et Foulayah, les familles dénoncent une rentrée trop précoce par rapport à leurs moyens. Aminata Traoré, mère de cinq enfants, explique : « Septembre est le mois le plus difficile. Les récoltes ne sont pas encore disponibles et il faut emprunter pour inscrire les enfants. »
Même son de cloche à Koliady, où les enseignants dénoncent le blocage de leurs salaires. Mariama Diallo, institutrice, va plus loin : « Cette situation est humiliante. Certains de mes collègues envisagent déjà de quitter la profession. »
Une contestation quasi unanime
Si quelques voix appellent à maintenir le calendrier officiel, elles restent minoritaires.
À Sonfonia, Alhassane Diallo, chauffeur de taxi et père de famille, estime :
« Chaque année, il y a des plaintes. Reporter trop souvent met en danger l’avenir des enfants. L’État doit surtout soutenir les familles et régler les problèmes des enseignants. »
Vers une rentrée perturbée ?
Dans l’ensemble, la date du 15 septembre apparaît comme globalement contestée par les acteurs de l’éducation et les parents d’élèves.
Entre pluies diluviennes, difficultés économiques et frustrations salariales, la rentrée 2025-2026 s’annonce tendue.
Sans réponse rapide du gouvernement, beaucoup redoutent une reprise perturbée, voire compromise, dès les premières semaines de cours.
Rachid Camara, Kadiatou N’Diaye et Boua King
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