Près de 94 % des billets en circulation en Guinée échappent au système bancaire formel, selon le premier vice-gouverneur de la Banque Centrale de la République de Guinée (BCRG). Ces billets ne circulent pas : ils sont conservés, thésaurisés, par les agents économiques. Ce chiffre, issu d’une autorité bancaire de premier plan, illustre l’ampleur du problème de liquidité auquel le pays est confronté depuis plusieurs mois.
Lorsque l’argent reste en dehors des banques, les établissements financiers voient leur capacité à accorder des crédits fortement réduite. L’investissement ralentit, et avec lui, la croissance économique future. À ce phénomène technique s’ajoute un problème de suivi : la masse monétaire réelle devient difficile à mesurer. Les statistiques officielles sous-estiment cette masse, en partie parce que de nombreux billets usés ne sont pas remplacés rapidement par la BCRG. Cette situation fragilise la politique monétaire et complique l’atteinte de l’objectif de stabilité des prix.
La Banque Centrale tente d’y répondre par plusieurs mesures : renouvellement des billets usés, émission de nouveaux billets (prévue à hauteur de 2 600 milliards de GNF d’ici octobre 2025) et promotion des paiements électroniques. Mais ces mesures techniques ne suffisent pas. La priorité est de restaurer la confiance, par des engagements clairs, un protocole transparent et un suivi rigoureux. La confiance ne se décrète pas : elle se reconstruit par des actes visibles et cohérents.
Le défi guinéen dépasse donc la simple gestion monétaire : il est à la fois technique et humain, mêlant économie, psychologie sociale et comportement des acteurs économiques. La réussite de la politique monétaire dépendra de la capacité à comprendre ces dynamiques et à intégrer ces dimensions dans les décisions.
Safayiou DIALLO
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