L’Inspection générale du travail (IGT) a adressé une mise en demeure au Directeur général de l’usine d’alumine Rusal Friguia, filiale du groupe russe Rusal, l’enjoignant de régulariser, de toute urgence, les contrats de plusieurs centaines d’employés dont la situation est jugée « anormale ».
Dans un courrier daté du 6 août, l’Inspecteur général du travail, Mohamed Ouattara, souligne que ces travailleurs, bien que titulaires de contrats avec Rusal Friguia, voient ceux-ci « suspendus depuis plusieurs années » et sont employés par une société prestataire, SEINTA.
Une pratique qui, selon l’IGT, porte atteinte aux droits fondamentaux des salariés.
Deux options sont laissées à l’entreprise russe :
- Réintégrer ces employés « avec tous les droits et avantages » prévus par la législation ;
- Ou procéder à une rupture de contrat dans le strict respect des règles de licenciement et d’indemnisation.
La régularisation doit intervenir avant la paie d’août, sous peine pour l’IGT d’imposer d’office les salaires prévus par la convention collective des mines et carrières. En cas de résistance, Rusal Friguia s’expose à des sanctions légales.
Ce dossier survient dans un climat social déjà tendu à Fria, où l’usine – principale source d’emplois – a connu de longues interruptions et des conflits récurrents avec les syndicats.
Pour beaucoup de travailleurs, la suspension de contrat et leur transfert à un prestataire entraînent une perte de droits, de primes et de perspectives de carrière au sein de la maison mère.
Les représentants syndicaux dénoncent une situation qui alimente l’incertitude et la frustration dans une ville encore marquée par les crises passées de l’usine.
Interrogé par Conakry Infos, Fodé Makalé Camara, Secrétaire administratif du collège syndical de Rusal Friguia, estime que la grève est désormais inévitable en raison de l’absence de dialogue :
« Depuis le début des démarches, il n’y a jamais eu de rencontre entre la direction générale et le syndicat, malgré les multiples délégations venues à Fria. C’est seulement en fin de semaine que la sûreté a commencé à nous contacter, alors que notre préavis de grève arrivait à expiration. », a-t-il déclaré.
Le syndicat avait déposé un préavis le 21 juillet, resté sans suite. Un avis de grève a ensuite été lancé le 4 août pour la période du 4 au 8 août 2025.
« Comme cela n’a pas retenu l’attention de la direction, nous déclencherons une grève générale à partir du lundi 11 août 2025 (…) », a-t-il prévenu, précisant que l’action visera à bloquer la sortie de l’alumine de l’usine vers le port autonome de Conakry, sans interrompre la production.
Concernant la mise en demeure de l’IGT, M. Camara affirme avoir été informé tardivement.
« C’est ce samedi que le préfet nous a convoqués pour nous présenter le courrier. Mais cette information est tombée un jour non ouvrable, alors que les travailleurs étaient déjà rentrés chez eux, déterminés à commencer la grève ce lundi. », a-t-il rappelé.
À quelques heures de la grève annoncée, l’avenir de centaines de travailleurs et la stabilité sociale de Fria se jouent désormais dans le bureau de la direction de Rusal Friguia.
La direction de Rusal Friguia respectera-t-elle les injonctions de l’Inspection générale du travail ? La réponse reste attendue.
Mohamed Sylla et Boua King
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