Le drame de Manéah, dans la préfecture de Coyah, a une nouvelle fois plongé la Guinée dans le deuil : quinze morts, des blessés, des disparus, des maisons englouties. Au milieu de cette tragédie, un détail a suscité la polémique : la tenue du Premier ministre.
Amadou Oury Bah est arrivé sur le site du drame tiré à quatre épingles. Costume sombre, cravate ajustée, chaussures brillantes. Une allure de diplomate en mission internationale, mais bien loin de l’image d’un chef de gouvernement venu partager la douleur d’un peuple en détresse.
Le contraste a choqué. La boue d’un côté, la soie de l’autre. Les familles qui pleurent, le Premier ministre qui parade. Le message est brouillé. La compassion attendue s’efface derrière une mise en scène vestimentaire jugée hors de propos.
Quand l’habit isole
Dans les crises, les symboles comptent autant que les discours. Ici, le costume a fait barrière. Alors que les familles endeuillées attendaient un chef proche, accessible, Amadou Oury Bah est apparu distant. L’élégance a remplacé l’humilité. La solennité a écrasé la simplicité.
À l’inverse, le président de l’Assemblée nationale, Dr Dansa Kourouma, a envoyé un tout autre signal : tenue simple, mains dans la boue, pelle en main. Un geste fort, une image juste. En participant, même symboliquement, à l’effort des secours, il a gagné en crédibilité.
Il faut aussi saluer la promptitude du ministre de l’Habitat, Mory Condé, qui s’est également rendu sur les lieux sous la pluie, en tenue appropriée, dès les premières heures du drame, mobilisant des équipes de secours et du matériel de recherche pour tenter de retrouver d’éventuels survivants sous les décombres.
Le Premier ministre aurait pu, d’un simple choix vestimentaire, se rapprocher de son peuple. Troquer le costume contre une tenue pratique, manifester par l’attitude une solidarité sincère. Mais non. Il a choisi le décorum, comme s’il s’adressait à des diplomates à New York plutôt qu’à des sinistrés de Coyah.
Le poids des symboles
Dans un pays habitué aux promesses creuses, ces détails comptent. Les Guinéens savent lire entre les lignes. Et ce jour-là, l’image transmise a été celle d’un gouvernement plus soucieux du protocole que de la douleur de ses citoyens.
Car il ne s’agit pas seulement d’élégance. Il s’agit de respect. Un dirigeant ne peut se contenter de dire sa compassion, il doit la montrer, l’incarner. Cela passe par les mots, les gestes, l’attitude… et parfois, par l’habit.
À Manéah, Amadou Oury Bah a manqué ce rendez-vous symbolique. Et dans une Guinée où les catastrophes naturelles se répètent, il devra comprendre que chaque détail compte. Les victimes n’attendent pas un costume bien taillé : elles attendent une solidarité tangible.
Un Premier ministre n’est pas jugé uniquement à ses décisions, mais aussi à son comportement dans les moments critiques.
À Manéah, l’habit a parlé. Et il a parlé faux.
S’il veut regagner la confiance et le respect, Amadou Oury Bah devra, la prochaine fois, laisser au vestiaire ses costumes de haute cérémonie pour descendre, en toute simplicité, aux côtés de ceux qui souffrent.
Mamadou Oury Barry
Tel : 622 74 47 50
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